duminică, 26 mai 2013
miercuri, 1 mai 2013
vineri, 8 martie 2013
TOULOUSE-LAUTREC A SOUFFLE SES 150 BOUGIES
Il est né le 24 novembre 1864 à Albi, au Midi-Pyrénées, l'une des 22 régions de la France, dans la famille des comtes de Toulouse. Ses parents étaient cousins germains. Les mariages parmi les nobles se faisaient couramment entre cousins afin d'éviter l'amoindrissement de la fortune. Henri souffrira d'une maladie génétique, ses parents étant cousins au premier degré, et son frère mourra à l'âge d'un an. Son corps difforme l'empêcha de prendre les habitudes des nobles, tout en l'exilant au monde des artistes. Il devint un grand peintre.
Henri de Toulouse-Lautrec mourut le 9 septembre 1901, très malade, à l'âge de 37 ans, et fut enterré à Verdelais, en Aquitaine.
Le nom de la commune Verdelais renvoie à un cocasse jeu de mots, faisant penser à verre de lait. Adulte, Toulouse-Lautrec n'a jamais bu de lait, lui, qui aimait tant boire de l'absinthe mélangée au cognac; combinaison explosive, il faut en convenir. D'ailleurs, il aimait dire que "Je boirais du lait quand les vaches brouteraient du raisin." Comme il menait une vie mondaine, il fréquenta presque tous les cabarets célèbres à l'époque: le Moulin de la Galette, le Moulin Rouge, l'Elysée-Montmartre, le Rat mort, le Chat noir - le cabaret de Rodolphe Salis - , Mirliton - le cabaret d'Aristide Bruant, ce grand chansonnier, l'un des créateurs de la chanson réaliste, espèce qui a pour représentante Edith Piaf aussi - , le Divan japonais ou bien les Ambassadeurs, le café-concert le plus à la mode des Champs-Elysées. Dans ces cafés, il rencontra et se lia d'amitié avec de grands artistes de l'époque qu'il immortalisa dans ses toiles: Aristide Bruant, Yvette Guilbert, Valentin le Désossé, La Goulue (le surnom de la fameuse danseuse Louise Weber), Jane Avril, Marcelle Lender ou Nini Patte-en-l'Air. Certains d'entre eux, vous pouvez les rejoindre dans la sélection ci-dessus, que j'ai faite pour vous. Là, vous pouvez admirer la grâce de leurs corps et lire la passion qui se dégage de leurs yeux.
Malgré ce côté mondain et brillant de sa vie, il souffrit de sa difformité; les seuls remèdes de cette douleur indomptable - la peinture et l'absinthe. Elles seules pouvaient apporter l'oubli. Il peignait beaucoup et buvait ferme, passant sa vie sous le signe de l'extinction, à l'attente de la mort, d'où cette remarque que "l'automne est le printemps de l'hiver"...
Ce que vous contemplez, c'est un grand artiste et un grand destin noyés dans de l'absinthe...
marți, 6 noiembrie 2012
"Opera sau Stadionul?"
Ce va alege poporul?
El poate sa aleaga sa stea acasa, poporul. Sa nu mearga nici la Opera, nici pe stadion. In felul asta economiseste timp; si timpul e bani. Oricum, nu in folosul lui se duce poporul la Opera sau pe stadion. El e, de fiecare data, folosit. Nu pentru el voteaza.
Foloasele - si grase, nu asa, laptoase, nu gluma! - sunt in alta parte. Poporul e doar un "bun darlog" la casa.
Intrebari ca cea de mai sus sunt pur si simplu puerile.
Dupa 20 de ani de democratie, de..."opera" manelizata si de mizerie, ne-am maturizat si noi, ce dracu'...
El poate sa aleaga sa stea acasa, poporul. Sa nu mearga nici la Opera, nici pe stadion. In felul asta economiseste timp; si timpul e bani. Oricum, nu in folosul lui se duce poporul la Opera sau pe stadion. El e, de fiecare data, folosit. Nu pentru el voteaza.
Foloasele - si grase, nu asa, laptoase, nu gluma! - sunt in alta parte. Poporul e doar un "bun darlog" la casa.
Intrebari ca cea de mai sus sunt pur si simplu puerile.
Dupa 20 de ani de democratie, de..."opera" manelizata si de mizerie, ne-am maturizat si noi, ce dracu'...
luni, 29 octombrie 2012
JURNAL - CETATEA MORTILOR
Traim intr-o societate in care nu exista provocari. Traim intr-un mediu ermetic inchis, cu trasee prestabilite, pe care se misca, goliti de orice pasiune sau entuziasm, oameni uniformizati si placizi, ca niste vite.
O viata fara provocari este ca o repetitie continua in vederea mortii. Reprezentatia nu va avea loc niciodata, iar "protagonistii" ard ca lumanarea in plina zi, asteptand noaptea care nu mai vine.
Aceasta societate nu are niciun viitor. Va trai la marginea Europei imitand, fara sa inteleaga, modele occidentale, neavand nimic de comunicat sau de schimbat cu ele.
Veti muri asfixiati intr-o astfel de lume pe care singuri ati cladit-o, strigand sa se deschida un geam, pe care singuri l-ati batut in cuie.
Nimeni nu va va regreta cu adevarat si prea putini vor sti ca ati murit.
Are si moartea demnitatea ei pe care doar oamenii o inteleg.
O viata fara provocari este ca o repetitie continua in vederea mortii. Reprezentatia nu va avea loc niciodata, iar "protagonistii" ard ca lumanarea in plina zi, asteptand noaptea care nu mai vine.
Aceasta societate nu are niciun viitor. Va trai la marginea Europei imitand, fara sa inteleaga, modele occidentale, neavand nimic de comunicat sau de schimbat cu ele.
Veti muri asfixiati intr-o astfel de lume pe care singuri ati cladit-o, strigand sa se deschida un geam, pe care singuri l-ati batut in cuie.
Nimeni nu va va regreta cu adevarat si prea putini vor sti ca ati murit.
Are si moartea demnitatea ei pe care doar oamenii o inteleg.
duminică, 16 septembrie 2012
Georges Méliès et le fabuleux destin de la caméra
Georges Méliès et le fabuleux destin du septième art
Martin
Scorsese est un cinéaste dont le génie n’a d’égal que la générosité. Mon amour
du cinéma, je le dois, en grande partie, à Scorsese. Ses films m’ont depuis
toujours rendue plus confiante et plus riche. Je l’aime surtout pour m’avoir
donné Raging Bull en 1980, La Dernière Tentation du Christ en
1988, The King of Comedy (La Valse des pantins) en 1983, New York, New York,
en 1977, Shutter Island en 2010 et pour… Robert
de Niro, son acteur fétiche et le mien.
Un
véritable génie n’est jamais égoïste. Sa pensée et son rayon d’action sont
tellement vastes que, s’il travaillait contre les territoires des autres, qu’il
contient d’ailleurs, il finirait par travailler contre lui-même; sa générosité
est implicite et inévitable.
Ce
n’est pas par hasard que Martin Scorsese s’est tellement impliqué dans la
restauration du patrimoine cinématographique américain et mondial.
Ce
n’est pas par hasard qu’en 1990 Scorsese avec George Lucas, Stanley Kubrick,
Steven Spielberg et Clint Eastwood créent la Film Foundation qui a
pour but de restaurer et préserver le patrimoine cinématographique des
Etats-Unis.
En
1992, Scorsese met sur pied la fondation dont le nom est infiniment inspiré Martin
Scorsese Presents, qui restaure et exploite les grands classiques du
cinéma mondial.
En
2007, le cinéaste donne vie à la très connue World Cinema Foundation consacrée à
la restauration et à la préservation des films du patrimoine cinématographique
mondial.
En
2011, il fait sortir le film Hugo Cabret, consacré à la
personnalité du cinéaste français Georges Méliès (1861-1938) et destiné à
célébrer le 150-è anniversaire de la naissance du premier cinéaste du monde.
Ce
film a eu, à l’Oscar 2012, le plus de nominations - onze, dont cinq sont
devenues des récompenses: l’Oscar de la Meilleure Photographie (Robert
Richardson), des Meilleurs Décors (Dante Ferretti et Francesca Lo Schiavo), du
Meilleur Son (Philip Stockton et Eugene Gearty), du Meilleur Mixage Son (Tom
Fleischmann et John Midgley) et, last but not least, l’Oscar des Meilleurs
Effets Spéciaux (Rob Legato, Joss Williams, Ben Grossman et Alex Henning). Ce
dernier prix est très important pour nous, attendu que Georges Méliès est
considéré le père des effets spéciaux.
Hugo
Cabret a encore été sélectionné à
l’Oscar pour le Meilleur Film, le Meilleur Réalisateur (Martin Scorsese), le
Meilleur Scénario (John Logan), les Meilleurs Costumes (Sandy Powell), le
Meilleur Montage (Thelma Schoomaker) et la Meilleure Musique (Howard Shore).
I. “Ca te
dirait”, l’histoire de Méliès?
Georges
Méliès fut un homme très doué, curieux, adroit et débrouillard, qui raffolait
du nouveau. Il naquit en 1861, dans la famille de Jean-Louis Méliès, un
fabricant de chaussures de luxe. C’est dans l’entreprise de son père qu’il
apprit et exerça le métier de mécanicien. Ce fut son premier et dernier métier.
Plus tard, on le retrouve journaliste et caricaturiste au journal satirique “La
Griffe”, dont le rédacteur en chef était son cousin, Adolphe Méliès.
Mais
il a l’esprit d’entreprise et en 1888 achète à la veuve Léonie Robert-Houdin le
Théâtre de Magie où il va monter des spectacles de prestidigitation et de
“grandes illusions”. L’affaire tourne rond d’autant plus qu’il récupère une
dizaine d’automates construits par Robert-Houdin, l’ancien directeur du
théâtre, qui est évoqué dans le film aussi, par René Tabard (Michael
Stuhlbarg), comme un mentor de Méliès. Ce dernier allait construire son propre
automate où “ j’avais mis tout mon cœur et toute mon âme”, ainsi qu’il avoue
dans le film.
En
1895, le 28 décembre, il est invité par les frères Lumière à la première
projection publique de cinéma. C’est là, boulevard des Capucines, à Paris, que prend corps, au
sens propre du terme, un rêve.
Et
Georges Méliès, celui du film, incarné par Ben Kingsley, de raconter:
“J’ai
demandé aux frères Lumière de me vendre une caméra. Ils ont refusé. J’ai fini
par construire ma propre caméra.”
Il
aimait bricoler, fabriquer des automates, des caméras et – vers la fin de sa
vie - … des jouets mécaniques qu’il vendait dans la gare Montparnasse
pour gagner son pain.
Maintenant,
muni de sa caméra, il fonde sa propre société de production – la Star
Film, un nom qui montre son sens de l’avenir.
Mais,
pour l’instant, Méliès ne tournait que des scènes de la vie quotidienne. Il
arrive à monter des fictions grâce à une découverte tout-à-fait inattendue, due
au hasard: alors qu’il filmait un omnibus, la manivelle s’est bloquée pendant
une minute, si bien que, lors du visionnage, l’omnibus se transforma en…
corbillard. C’est à ce moment-là qu’arrivèrent au monde du cinéma les effets
spéciaux, dus au hasard et à la curiosité d’un génie – Georges Méliès.
Vous vous étonnerez d’apprendre quels trucages on lui doit. A part le trompe-l’œil et les arrêts de caméra, il est le découvreur des surimpressions et du fondu enchaîné, cette technique cinématographique très utilisée depuis Méliès à nos jours, qui joue sur la luminosité et qui satisfaisait pleinement son goût des transformations et sa curiosité pullulante. Il avait l’esprit large et très libre de celui qui construit, au sens propre du terme, des rêves. Chez lui, une image débouche sur une autre et l’aventure continue et elle doit continuer pour que ce soit une aventure au sens propre du terme.
Vous vous étonnerez d’apprendre quels trucages on lui doit. A part le trompe-l’œil et les arrêts de caméra, il est le découvreur des surimpressions et du fondu enchaîné, cette technique cinématographique très utilisée depuis Méliès à nos jours, qui joue sur la luminosité et qui satisfaisait pleinement son goût des transformations et sa curiosité pullulante. Il avait l’esprit large et très libre de celui qui construit, au sens propre du terme, des rêves. Chez lui, une image débouche sur une autre et l’aventure continue et elle doit continuer pour que ce soit une aventure au sens propre du terme.
L’aventure
commence en 1897, à sa propriété de Montreuil,
où il crée le premier studio de cinéma en France, “un château enchanté”,
comme dit René Tabard dans le film de Scorsese. Le château, que vous avez vu dans le film, mesure 17 mètres sur 66 et
sa toiture vitrée, à six mètres du sol, le transforme dans “ un palais de verre”
– “Il faut y mettre du panache”, comme dit Hugo (Asa Buterrfield). “Le mage de Montreuil” développe aussi
un atelier de “coloriage manuel des films”. Il est un vrai mage, c’est-à-dire
producteur, réalisateur, scénariste, décorateur, machiniste et acteur à la
fois. C’est ainsi qu’il a réalisé plus de 500 courts métrages. Son meilleur
film –Le Voyage dans la Lune (1902) – est commenté dans Hugo
Cabret. Ce film qui dure 16 minutes est la première adaptation pour le
cinéma du roman de Jules Verne De la Terre à la Lune. Hugo évoque
les premiers souvenirs cinématographiques de son père, interprété par Jude Law:
“Il est entré dans une salle et sur un écran blanc il a vu une fusée entrer
dans l’œil de la lune.”
Magnifique,
vraiment magnifique!
En
1913 il tourna son dernier film. Après… c’est la guerre. Pendant la Grande
Guerre et surtout après, les gens n’avaient plus l’esprit à regarder des films
féeriques. Un grand drame et un grand changement venaient de marquer le visage du
monde. Ses yeux vides et désabusés n’étaient plus propres à l’émerveillement.
Au milieu de ce monde en quête d’un autre sens de l’existence, qui ne voulait
plus de lui, Méliès se retrouve comme “un jouet mécanique sans ressort.” C’est
la déprime totale. Madeleine Malthête Méliès, la petite fille de Georges, nous
raconte ce drame: “Toutes les caisses contenant les films furent vendus à des
marchands forains et disparurent. Méliès lui-même, dans un moment de colère, brûla
son stock de Montreuil.” Il reprend son premier métier, celui de mécanicien. En
1925, il rencontre une de ses actrices favorites, Jeanne d’Alcy, qui tenait une
boutique de jouets et de sucreries dans la gare Montparnasse.
Il l’épouse en secondes noces et se met à créer des jouets mécaniques qu’il
vendait dans la gare dans une échoppe signalée par l’enseigne “Confiserie et
Jouets” que vous avez pu remarquer dans le film. C’est dans cette gare Montparnasse qu’il est retrouvé par Léon Druhot, le
directeur de “Ciné-Journal”, qui le fait sortir de l’oubli.
En
1932, lui et son épouse sont placés au château d’Orly, maison de retraite de la
Mutuelle du cinéma. Il meurt en 1938 à un hôpital de Paris, une année avant l'éclatement du Second Drame Mondial et le plus affreux.
II. La filmographie de Georges Méliès et
les mythes obsédants du cinéma
Vous
vous étonnerez de voir combien des mythes du cinéma vous allez retrouver dans
la filmographie de Méliès. On dirait que la plupart des films qui ont
émerveillé notre enfance et notre vie ne sont que des remakes des fictions de
Méliès. N’hésitez donc pas à jeter un coup d’œil sur la sélection que j’ai
faite pour vous; le jeu en vaut bien la chandelle:
Faust
et Marguerite (1897)
La
Damnation de Faust (1898)
La
Tentation de Saint Antoine (1898)
Cendrillon
(1899)
Cléopatre
(1899)
L’Affaire
Dreyfus (1899)
L’homme-orchestre
(1900)
Barbe-Bleue
(1901)
Le
Voyage de Gulliver à Lilliput et chez les géants (1902)
Le
Voyage dans la lune (1902)
Le
Revenant (1903)
Le
Royaume des Fées (1903)
La
Lanterne magique (1903)
Le
Juif errant (1904)
Le
Palais des Mille et Une Nuits (1905)
La
Prophétesse de Thèbes (1907)
Vingt
mille lieues sous les mers (1907)
Tartarin
de Tarascon (1908)
Le
Rêve d’un fumeur d’opium (1908)
Le
Mousquetaire de la Reine (1909)
Les
Aventures du Baron de Münchhausen
(1911)
A
la Conquête du Pôle (1912)
Le
Voyage de la famille Bourrichon (1913)
Vous
pouvez constater à l’œil nu quelle intuition des grands thèmes du cinéma il a
eue!
III. Dans le Ventre de la Gare
Pénétrons
maintenant dans le ventre de la gare Montparnasse
où les personnages s’observent réciproquement tout en tâchant de se connaître
et de s’entraider. Le garçon Hugo épie le vieillard Méliès et vice versa. Mademoiselle Isabelle, la filleule de Méliès, (Chloë
Moretz) observe amoureusement le petit Hugo et essaye de l’aider; Hugo en est
touché. L’inspecteur (bancal) de la gare (Sacha Baron Cohen) guette d’une certaine manière Lisette,
la fleuriste, (Emily Mortimer) et lui fait la cour à sa manière. Il épie
également Hugo, qu’il prend pour un vagabond voleur; il a de bonnes intentions,
il veut lui offrir la sécurité, celle
d’un orphelinat. Lui aussi avait été élevé dans un orphelinat. Sa pensée est
très positive. Voilà sa définition de la gare: “On vient ici pour monter dans
le train ou bien pour descendre ou pour travailler dans des échoppes.” Il
n’arrive pas à saisir la poésie de la gare bien qu’il y passe son temps du
matin au soir: “Assez de poésie pour aujourd’hui!” Il a fait la guerre d’où il
est revenu boiteux. Mais, quand il voit Lisette, il en est ému. Lisette et ses
fleurs sont tout ce qu’il a vu de plus beau de sa vie.
Mais
la gare n’est pas faite seulement de trains, de voyageurs et de ceux qui y
travaillent. Il y a encore quelque chose que le flic s’ingénie à saisir mais
qui lui échappe chaque fois: c’est le territoire de Hugo, ce sont les horloges
qui mesurent le temps et l’enfant a appris de son oncle (Ray Winstone) que “le
temps, c’est tout.” C’est peut-être la meilleure définition du temps. Mesurer
le temps devient quelque chose de très important, la tour des horloges apparaît
comme un royaume et le petit Hugo devient le vrai maître de Montparnasse. Ce
ventre opulent de la gare avec ses voyageurs, ses travailleurs, ses inspecteurs,
ses vagabonds, les petits chiens des dames, ses horloges et surtout sa
mécanique justifie la 3D dont Scorsese use pour la première fois.
Et
François Guillaume Lorrain de continuer:
“Voici
une 3D parfaitement justifiée puisqu’elle nous plonge dans le ventre matriciel
de la gare, de ses horloges et de ses mécanismes.”
Le
film nous fait voir des rouages d’horloges géantes qui évoquent les mécanismes
qui rendent possible l’image filmée.
Ce
film est l’adaptation du roman illustré L’Invention de Hugo Cabret de Brian
Selznick, qui renferme dans l’histoire de Hugo Cabret – ce petit enfant, amoureux du cinéma, qui s’occupe
à ce que les horloges continuent à montrer l’heure – la vie de Georges Méliès. C’est une mise en
abîme dont use Scorsese aussi. C’est une autre manière de descendre “dans le
ventre matriciel de la gare” et dans le temps, là où nous assistons à la
naissance du cinéma.On a l’impression que la 3D enfante des choses, des
personnes et des chiens qui courent et aboient à travers la gare.
J’ai
dit que Hugo épiait le vieillard et vice versa. Le garçon imagine le monde
“comme une grande machine” et “les machines n’ont pas de pièces superflues.
Alors, je ne peux pas être une pièce superflue. Je dois être ici pour une bonne
raison.”
Il
hérite de son père, qui est mort dans un incendie, un automate, sans en détenir
la clef qui pourrait le faire fonctionner et cela l’afflige, attendu que “ces
machines font ce qu’elles sont censées faire… C’est peut-être pour ça que les
machines cassées me rendent si triste, elles ne peuvent plus faire ce qu’elles
sont censées faire. C’est peut-être pareil avec les gens.”
Quand
il se lie d’amitié avec Isabelle, il découvre au cou de la fille la clef en
forme de cœur de l’automate. Il se hâte à lui présenter la machine:
“-
C’est un automate. Je crois qu’il attend.
-Il attend quoi?
-De fonctionner à nouveau.”
Ce
film est plein de correspondances. L’automate, de même que le vieillard
représentent le monde passé, mais, quelque part, il existe une clef qui pourrait
les faire “fonctionner à nouveau”, parce que le monde serait trop pauvre sans
eux. Heureusement, il y a des passionnés pour la technique, comme il y a des
passionnés pour le cinéma, qui sont prêts à consacrer toute leur vie à la
recherche de la clef. Sans passion, notre vie aurait la froideur répugnante
d’un orphelinat. Sans passion, nous serions comme des orphelins incapables de
se constituer une famille spirituelle. Sans passion, il n’y a pas de culture
authentique et pas de vie. Ce n’est pas par hasard que Hugo est orphelin,
d’abord de sa mère et puis de son père. Son amour du cinéma, qu’il héritait de
son père, vient le consoler: “Le cinéma,
c’était notre monde à part. On pouvait y aller voir un film et maman nous
manquait un peu moins.” Isabelle est, elle aussi, orpheline. Son amour des
livres remplit sa vie et la console du fait de n’avoir pas la permission
d’aller au cinéma. Son papy Georges le lui avait interdit. L’inspecteur de
police est un autre orphelin dans ce film. Malheureusement, il n’a pas
l’habitude de fréquenter le cinéma ou la poésie et alors seulement Lisette et
ses fleurs peuvent le consoler.
A
propos de l’automate, dans les machines,
les hommes investissent leur passion, leur extravagance et leur sens de
l’avenir. Le cinéma n’est que l’effet de la passion humaine pour la lumière et
le mouvement.
Le
garçon veut réparer le vieillard – “On pourrait le réparer” –, veut le faire
“fonctionner à nouveau”, comme à l’époque où il allait au cinéma avec son père
voir des films. Et il aboutit.
Scorsese
veut redonner vie à Méliès. Et il aboutit aussi. Il y a eu des critiques qui ont dit
que ce film n’avait pas d’émotion. Pour vivre l’émotion, il faut être capable de
passion. Autrement, il serait très difficile, sinon impossible de ressusciter
un monde évanoui qui a un besoin désespéré de se retrouver “dans de bonnes
mains”, comme dit Monsieur Labisse, le libraire (Christopher Lee).
Et
Martin Scorsese de conclure:
“Plus on avançait dans le film, plus on me disait: “Mais c’est toi!” Je n’y prêtais guère attention, tout ce que je voulais, c’était travailler avec les acteurs et raconter cette histoire. Mais au moment de terminer le montage, il n’y avait plus aucun doute: “Hugo, c’est moi.”
Etichete:
Asa Butterfield,
Ben Kingsley,
Georges Méliès,
Hugo Cabret,
Jules Verne,
la lune,
Martin Scorsese
miercuri, 15 august 2012
L'Usurpation d'identité
L’Usurpation d’identité
Depuis sa sortie en 1982, le film
Le
Retour de Martin Guerre ne cesse de hanter l’esprit des spectateurs.
Son réalisateur, Daniel Vigne, promet “une pure et vraie histoire” qui
“commença par un dimanche doux”, en1542, à Artigat, dans le comté de Foix, au
temps de François I-er.
Aimes-tu les films historiques,
cher lecteur?
Moi, j’en raffole.
Tu seras gagné dès le début par
les décors (Alain Nègre) et la photographie (André Neau) inspirés par les
Bruegel et les frères Le Nain.
Ce qui me plaît dans un film
historique est le récit qui est vrai et animé par des personnages exprimant une
individualité et des passions débridées, renfermées dans un cadre historique
rigoureux, marqué par des événements bien datés, plus ou moins prévisibles, et
travaillées par des mentalités allant à l’encontre des psychologies
individuelles, pour forger ainsi une psychologie collective. C’est tout un
monde qui renaît sous nos yeux curieux, dévorants et émerveillés.
Ce film est une adaptation du
roman de Natalie Zemon Davis – historienne américaine, spécialiste de
l’histoire sociale et culturelle de la France des XVI-è et XVII-è siècles.
En tant qu’historienne, elle s’est inspirée d’un récit écrit au XVI-è siècle
par un grand jurisconsulte, professeur de droit à Toulouse, humaniste et traducteur de Pic de
la Mirandole – Jean de Coras – qui sera personnage dans ce film. Ce magistrat,
admirablement incarné par Roger Planchon, essaie de deviner les mobiles
psychologiques des actions et des silences humains et pense qu’ “il vaudra
mieux pardonner à un coupable que d’accuser un innocent.”
Nous reconnaissons là la
philosophie humaniste de la Renaissance, infiniment différente de la conception
médiévale. Dans ce film, Moyen Age et Renaissance s’entrecroisent et tantôt l’un, tantôt
l’autre arrive à dominer la scène et à imposer ses règles et son profil.
Le scénario du film est signé par
Jean-Claude Carrière - historien de formation (encore un historien), dramaturge
et scénariste, qui a travaillé pour le cinéma avec Luis Buñuel, Louis Malle, Miloš Forman et pour le théâtre avec Peter Brook – et par Daniel
Vigne.
En 1983, à la cérémonie des prix
César, ce film a eu le César du meilleur scénario, du meilleur décor (Alain
Nègre) et de la meilleure musique (Michel Portal).
Lors du tournage de ce film
Daniel Vigne n’était pas à sa dernière aventure historique. Il y reviendra en
2002 avec L’Enfant des Lumières, un feuilleton TV, toujours avec Nathalie
Baye dans le rôle principal, et en 2006
avec Jean
de La Fontaine.
A propos du Retour de Martin Guerre,
nous voulons signaler un remake aussi: le film américain Sommersby (1993) de Jon
Amiel, avec Richard Gere et Jodie Foster, où Jack Sommersby revient dans son
village natal après la Guerre de Sécession.
Mais dans notre film à nous, le
Français Martin Guerre est le fils de Mathurin et de Brigitte qui ont eu cinq
enfants: Martin et quatre filles. Ils sont aisés et exploitent un domaine assez
grand. Martin sera le riche héritier de cette famille, mais sa situation est
plus difficile qu’on ne l’aurait cru: étant le seul garçon de la famille, il
est le seul à pouvoir assurer une descendance. La famille ne pouvait pas
compter sur d’autres frères. Aussi est-il marié si vite, à un âge assez tendre,
pour que l’affaire soit résolue sans faute. Sa promise, belle et jeune,
descend, normalement, d’une famille aisée – les mariages étaient presque toutes
les fois arrangés – et, comme toutes les filles, elle était sexuellement plus
précoce que lui. Le pauvre garçon, pour surcroît de malheur, a eu un père très
autoritaire (“Tant que je suis vivant, ici c’est moi le maître!”), ce qui l’a
presque émasculé. Voilà pourquoi, à l’église, lorsque la mariée prononce la
phrase fameuse “Moi, Bertrande, donne mon cœur à toi, Martin” et ce dernier
répond, selon la coutume, “Je le reçois”, il n’a pas l’air de s’apercevoir de
ce qu’il reçoit. Et quand le curé Dominique (André Chaumeau), en bénissant leur
lit, lui fait savoir, en plaisantant, que “les jardinets s’arrosent la nuit”,
il n’est que gêné. Et les nuits passent et Martin ne parvient toujours pas à
dépuceler sa femme.
L’action du film se déroule sur
deux plans: l’un, linéaire et un autre, remémoratif, reconstitué grâce à la
mémoire de Bertrande de Rols (Nathalie Baye) qui est interrogée par les juges
de Toulouse sur l’imposture d’Arnaud du Tilh (Gérard Depardieu), qui s’était
fait passer pour Martin Guerre (Bernard-Pierre Donnadieu), son époux, vu leur
ressemblance étonnante. Et l’un des juges constate que “ta mère voulait que le
mariage fût rompu.” Mais Bertrande
craint de rompre avec Martin, elle veut garder par-dessus tout sa condition de
femme mariée. On fait appel alors à Jacquemotte (Neige Dolsky), la magicienne
aveugle, pour traîter Martin de ce qu’on appelait à l’époque “le nouement de
l’aiguillette”, mais le maléfice semble perdurer. Dans son livre La
Peur en Occident (XIV-è – XVIII-è siècles) (1978), Jean Delumeau nous
renseigne que surtout au XVI-è et XVII-è siècles, au Sud de la France, il y
avait une vraie psychose collective du nouement de l’aiguillette, que beaucoup
de gens étaient tellement effrayés par ce maléfice qu’ils évitaient de célébrer
publiquement leur mariage à l’église et qu’ils allaient en catimini chez le
curé du village voisin recevoir la bénédiction nuptiale. Même les curés
partageaient cette psychose. Les nôtres
– Bertrande et Martin – se sont mariés publiquement à l’église, mais maintenant
tout le monde craint le nouement de l’aiguillette, même si le maléfice n’est
pas nommé dans le film. A un moment donné y intervient même le curé du village
qui leur applique un rituel que vous
trouverez décrit en détail dans le livre de Delumeau, au chapitre intitulé Aujourd’hui et demain; maléfices et
divination. C’est un rituel envisagé par Jean-Baptiste Thiers, fameux
théologien et ecclésiastique du XVII-è siècle, et cité par Delumeau.
Donc, comment combattre ce
maléfice?
On nous dit dans le livre que le
curé attachait les deux époux à un pilier de sa grange, face à face, le pilier
entre eux, et qu’il se prenait à les fustiger à coups de verges, à maintes
reprises. Puis il les détachait, tout en leur donnant un morceau de pain et un
pot de vin. Le lendemain, le curé constatait que ce rituel avait porté des
fruits.
Tout ce que décrit J.-B. Thiers
dans le livre de Delumeau vous avez pu voir dans le film de Vigne, y compris le
conseil adressé par le curé aux deux époux: “Mettez-vous tous les soirs
possibles à la chose!”
Et les deux “se sont mis à la
chose”. Le résultat?
Bertrande a accouché d’un beau
garçon et elle est maintenant une femme mariée assez contente de sa vie. Seul
Martin est triste; il se sent incompris et toul le temps humilié. Il ne peut
pas oublier ce qui s’est passé lors de la Chandeleur, quand il a servi de tête
de Turc et les jeunes du village ont plaisanté sous les fenêtres de sa maison:
“Bertrande, si tu ne peux pas dormir la nuit, change de mari!” De surcroît, son
père l’humilie et le frappe devant les domestiques et Martin n’en peut plus et
s’en va. Il va faire la guerre, en soldat, sous les drapeaux de n’importe qui.
Son père mourra de chagrin quelques années plus tard et sa mère un an après.
Bertrande va l’attendre “huit ou neuf hivers” jusqu’au jour où quelqu’un disant
être Martin Guerre se présente à Artigat et tout le village le reconnaît comme
tel et se réjouit de le revoir. Quant à lui, il reconnaît lui aussi presque tous les villageois.
Cela dit, si vous lisez/voyez ce film à un seul niveau,
vous n’allez encore rien voir. Je vous propose une lecture à plusieurs niveaux,
où les sens vont s’entrecroiser et se compléter mutuellement. Allons-y, donc!
I.
Le Jeu des Personnages
Quelqu’un qui dit être Martin
Guerre est de retour à Artigat.
Les parents, eux, ils sont tous
contents d’avoir un homme de plus dans la famille. Parce qu’après le départ précipité
de Martin et la mort de Mathurin, son père, la famille ne comprenait que des
femmes et des enfants et était donc “en danger de ne pouvoir exploiter le
domaine”, comme fait valoir Nicole Lemaître, qui, en tant qu’ historienne de la
Renaissance, s’est penchée amoureusement sur les sources historiques de ce beau
film. Voilà pourquoi Pierre Guerre (Maurice Barrier), le frère de Mathurin et
l’oncle de Martin, se marie avec Raymonde de Rols (Rose Thiéry), la mère de
Bertrande “pour assurer cette gestion et éviter la dilapidation des biens.” (N.
Lemaître) D’ailleurs, aux noces de Martin et de Bertrande, Raymonde, veuve à ce
moment-là, lançait des œillades désireuses à Pierre qui semblait être touché…
Aussi tous les parents
reçoivent-ils bien ce prétendu Martin Guerre, en feignant de ne pas observer
que celui-ci n’a pas “les lèvres pendantes” de l’autre Martin; qu’en outre il
est plus costaud – “Ce que tu es devenu fort, Martin!”, s’exclame Bertrande –
et plus audacieux et ils ne s’étonnent pas suffisamment qu’il sache lire et
écrire. Tous les historiens des “Annales d’histoire économique et sociale” qui
se penchèrent sur le Moyen Age, le XVI-è et le XVII-è siècles nous ont appris
que le premier-né ou le garçon unique d’une famille n’avait aucunement besoin
d’apprendre à lire et à écrire - même
les nobles écrivaient avec plein de fautes d’orthographe - attendu qu’il devait savoir uniquement
administrer le domaine qu’il héritait en entier. Pour ce qui est des frères
cadets, eux, ils devaient apprendre… apprendre à lire, à écrire, à guerroyer
pour réussir vraiment à se frayer un chemin dans l’administration ou dans
l’armée. Les sources historiques confirment qu’Arnaud du Tilh était originaire
de Tilh, en Picardie, et qu’il était le cadet d’une famille. Il est parti faire
la guerre en France et en
Espagne et le voici maintenant las de tout ce qu’il a fait et a vu: “L’Espagne,
c’est sec... (...) Paris
est grand et il y a du monde partout.” Pendant ces années de guerre, il se lie
d’amitié avec Martin qui lui parle de sa famille d’Artigat qu’il avait quittée,
de sa femme, Bertrande, de ses parents, de ses domestiques, de villageois.
Comme il est avide d’avoir une famille et un domaine, l’imagination d’Arnaud
s’enflamme et l’aide à graver tout dans sa mémoire. Déjà les Guerre sont
devenus sa famille qu’il aurait aimée et protégée plus que l’autre ne l’avait fait. Qui plus est, Martin aurait dit une fois
à Arnaud qu’il ne voulait plus rentrer. Arnaud évoque cela au procès et l’autre
ne le contredit pas. Quand, revenant de la guerre, il se rencontre avec des
camarades qui le prennent pour Martin, sa décision est prise: il s’acheminera
vers Artigat où essayera de se faire passer pour Martin Guerre.
Pierre et Raymonde, quant à eux, ils se
doutèrent de prime abord qu’il n’était pas Martin Guerre. Mais Raymonde ne
voulait pas gâter le bonheur de sa fille et Pierre était heureux de partager les
responsabilités avec un autre homme. Et puis Arnaud, en opposition avec le vrai
Martin, était communicatif, désinvolte et sympathique; les hommes l’acceptaient
facilement et les femmes, elles, en étaient ravies.
Mais Bertrande? C’est une bonne
question, je crois.
Elle était la première à
s’apercevoir de ce qu’il était ou non le vrai Martin.
Mais Bertrande oscille entre la
vérité et le mensonge et pour cause! Arnaud sait parler, faire des compliments,
en plus, il est virile et ne boude pas à la besogne. Quand le juge
Jean de Coras lui demande carrément: “Ton désir d’homme, il l’a satisfait? Vous
vous êtes aimés?”, elle répond, non sans nostalgie: “Oui.” Bertrande est
parfaitement consciente qu’elle doit à cet homme errant les meilleures années
de sa vie, que son arrivée à Artigat lui a fait connaître les joies du mariage
et la vraie satisfaction, que, sans lui, sa vie aurait été gâtée.
En outre, il a fait ce que
l’autre, le vrai Martin, n’a pas été à même de faire: c’est Arnaud qui a pris soin de la famille, tandis que
l’autre l’a plaquée, c’est Arnaud qui a travaillé les terres, c’est Arnaud qui
a élevé le fils de Martin, Sanxi, qui au procès le reconnaît et l’indique, à
juste titre, comme son père, c’est Arnaud qui a rendu heureuse et qui a
satisfait la femme de Martin, en lui donnant encore deux enfants.
Qui est le vrai père?
Celui qui a abandonné sa famille
et revient, comme par hasard, après douze ans ou l’autre qui a voulu avoir
cette famille et qui a boulonné pour l’entretenir et la voir contente?
Quand, finalement, Arnaud meurt
pendu et brûlé, condamné pour imposture
et usurpation d’identité, les larmes qui jaillissent des yeux de Bertrande sont
des larmes d’amour, de reconnaissance et de regret: c’est tout son bonheur qui
meurt avec lui. Le vrai Martin est là pour la protéger. Il semble avoir l’envie
de le faire. Mais sera-t-il aussi doué que l’autre?
Mais vous me demanderez ce qui
s’était passé et pourquoi ce procès.
Eh bien, après le retour de Martin Guerre qui était en
fait Arnaud du Tilh, l’affaire tournait rond et tout le monde était content. La
faute est à Arnaud, à sa cupidité, à son imprudence, vu sa situation
d’imposteur. En bref, Arnaud demande à Pierre
de lui remettre l’argent – l’argent est mauvais conseiller – pour ce que son
domaine a rapporté durant les neuf années de son absence. La loi est de son côté et il peut réclamer cela. Oui, mais ce
n’est pas sage. Il est normal de demander son droit, mais il n’est pas sage de
réclamer l’oncle Pierre, vu que c’est cet oncle qui a pris soin, tant bien que
mal, de la famille de Martin, une famille qui ne comptait que des femmes et un
enfant se trouvant dans l’incapacité d’exploiter un domaine si vaste que le
leur. C’est l’erreur pratique d’Arnaud qui, s’ajoutant à sa faute morale, va le
perdre. C’est le commencement de la fin.
Pour surcroît de malheur, deux
soldats passent par le village et indiquent le prétendu Martin comme étant
Arnaud du Tilh, dit Pansette. Nicolas (Jean-Claude Perrin), un voisin, se
rappelle, lui aussi, que “Martin” ne l’a pas reconnu. Arrive le cordonnier qui,
par dessus le marché, avoue que la pointure de ce nouveau Martin est plus
petite que la poiture de l’autre! C’est déjà trop!
C’est le moment où Pierre et Raymonde se
mettent à faire la guerre à leurs proches et Raymonde n’est plus la mère de
Bertrande, elle n’a plus rien d’une mère lorsqu’elle travaille contre le
bonheur de sa fille.
Arnaud est accusé d’imposture.
Mais, pour l’instant, il a gain de cause. Le premier procès a lieu à Rieux, où
Arnaud plaide très bien sa cause et les juges condamnent Pierre à lui payer une
grande somme, en dédommagement, pour l’avoir accusé à tort. Cette victoire ne
dure pas.
Le lendemain, Pierre avec son fils Antoine (Dominique
Pinon) et quelques villageois se ruent dans la maison d’Arnaud pourvus d’un
document signé par Bertrande où celle-ci aurait affirmé que l’homme avec lequel
elle vivait n’était pas Martin. Bertrande est là, elle n’avait jamais rien
signé, mais elle n’ose pas contredire son oncle. Elle hésite tout le temps et
oscille entre la vérité et le mensonge. Et pour cause.
Cette fois-ci, Arnaud est arrêté.
Le deuxième procès aura lieu à Toulouse.
II.
Le Jeu de la
Réalité et du Rêve
Bertrande a durant neuf ans
attendu le retour de Martin. Celui qui arrive n’est pas Martin, c’est un
imposteur, mais il est l’homme de sa vie.
Il existe un moment dans le film
où Bertrande raconte à son enfant la légende de Mélusine. Il est impossible que
ce moment soit gratuit.
Comme toute légende, celle de Mélusine est
faite d’éléments réels et fantastiques.
La fée Mélusine fut maudite par
sa mère pour avoir été trop méchante avec son père et incapable de lui
pardonner. Elle la condamna à se transformer tous les samedis en serpente
“au-dessous du nombril”. La fée se maria avec le comte Raymond de Lusignan
(Raymondin), à condition qu’il ne tâchât jamais de la voir le samedi. Ils
eurent dix enfants, tous garçons, dont le premier régna en Chypre.
Mais le frère de Raymond avança
méchamment que chaque samedi Mélusine se voyait avec un autre. Piqué au vif,
Raymondin se précipita à la porte
interdite et vit par la serrure ce qu’il ne devait jamais voir: la femme-serpente.
Il trahira plus tard ce secret, ce qui détruira leur amour: Mélusine sera condamnée à rester à
jamais une femme-serpente et, comme il lui pousse des ailes, elle se jette par la
fenêtre, en poussant un cri de désespoir.
La légende dit que, de temps en
temps, la nuit, sans être vue, elle rentre au château caresser ses enfants.
Désespéré, Raymondin se fit ermite à Montserrat, en Catalogne.
La légende a nombre d’éléments
réels: les Lusignan sont une noble famille française, originaire du Poitou, dont les descendants régnèrent sur Chypre du
XII-è au XV-è siècle.
***
Seule à la maison, Bertrande rêve
à un mari lointain. Celui qui arrive n’est pas son vrai mari, c’est un faux,
mais un faux très réussi, qui dépasse le modèle et prend les proportions d’un
rêve. Pour la vie de Bertrande, le moment Arnaud se constitue dans un rêve: il
est beau, ils s’aiment, ils filent le parfait amour, il est laborieux et
s’occupe du manoir et du domaine. Mais il y a là-dedans un mensonge pour lequel
il faut payer. Tout comme dans la légende, la punition sera terrible.
Et de même que Mélusine, qui
rentrait la nuit au château de Raymondin caresser ses enfants, Bertrande sera
hantée par le souvenir d’Arnaud, qui reviendra chaque nuit à Artigat caresser
ses joues en larmes et la consoler du fait d’être tellement seule. L’arrivée
d’Arnaud dans sa vie fut comme un rêve.
III.
LA FAUTE/ Le
Jeu de la Vérité et du Mensonge
On parle dans ce film d’une faute
morale qui est grande et qui s’appelle usurpation d’identité. L’usurpateur vole
ou veut voler à autrui le nom donc l’identité et par conséquent le passé, les
biens, la famille et surtout l’avenir. L’usurpateur prive l’usurpé de son
avenir, il l’amène dans l’impossibilité de disposer librement de ses pouvoirs,
de ses intentions et de ses décisions. Un usurpateur est quelqu’un qui vole
tout à sa victime. Un usurpateur est un voleur total. Un usurpateur est
quelqu’un de très dangereux qui vaut bien la pendaison et le bûcher. Un usurpateur est un salaud. Surtout au
XXI-è siècle, l’usurpation d’identité est plus fréquente, plus grave et plus
abominable que jamais. Et elle vaudrait bien la potence!
Cela dit, il faut noter que c’est
un mérite du cinéaste de n’avoir pas fait un film à thèse. Non! Bien au
contraire. Le jeu des personnages est complexe et Arnaud, l’usurpateur, a des
circonstances atténuantes sur lesquelles nous n’allons plus insister vu que
nous l’avons déjà fait et… à pleines mains.
Au procès, à Toulouse, fait son apparition le vrai Martin,
qui rentre de la guerre, toujours veule avec en plus une jambe en moins. Il est
incarné par le grand comédien Bernard Donnadieu qui nous a quittés en 2010.
Pour l’instant, j’ai pensé que c’était un acteur un peu trop grand pour un rôle si chétif. Ensuite j’ai compris
l’intention du réalisateur: il voulait donner des chances égales à tous les
personnages, il voulait, par la personne de Donnadieu, imprimer un peu de
dignité à ce malheureux personnage, autrement si méprisable. Il est méprisé,
Martin, du fait qu’il n’a valu ni sa femme, ni le domaine hérité de son père,
encore qu’il fût l’authentique Martin
Guerre.
Mais l’authenticité n’est
nullement négligeable, attendu que “Le mensonge a cent mille figures et la
vérité n’en a qu’une.” (Jean de Coras)
Si Arnaud avait eu gain de cause
au procès, lui et Bertrande auraient vécu toute leur vie dans le mensonge et le
péché; un péché qu’elle n’eût pu jamais
confesser, sans avoir trahi celui qui vivait à ses côtés. Avec le vrai Martin, elle a une chance de salut.
Arnaud du Tilh fut condamné à la
pendaison et au bûcher en septembre,
1560.
Mais le cinéaste ajoute encore un
détail puisé à la vie du magistrat Jean de Coras. Nous savons déjà de l’historienne
Nicole Lemaître qu’il sympathisait avec les protestants. En cette qualité,
c’est bien probable qu’il a été l’un des instigateurs des troubles de 1562, une
tentative calviniste de s’emparer de la ville de Toulouse, dont les habitants
étaient pourtant catholiques pour la plupart. Comme la tentative échoua, notre
homme s’exila un temps à La Rochelle, au Poitou, mais retourna fort
imprudemment à Toulouse où il fut fait prisonnier et condamné à la pendaison en
1572, toujours en septembre, un mois après la nuit de la Saint-Barthélemy.
Et maintenant, cher lecteur, “à
nous deux”, quel est le vrai Dieu, celui de La Rochelle
ou celui de Toulouse et de Paris?
Parce que tu sais que “Le mensonge a cent mille figures et
la vérité n’en a qu’une.”
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